Tous nos coworkers ne restent pas 18 mois. William Martin, lui, est resté un mois. Consultant et formateur IA installé à Bourg-lès-Valence, il avait besoin d’un point de chute à Paris avant de repartir en mission fin octobre 2026. On en a profité pour lui poser quatre questions sur ce qu’il voit vraiment chez les PME qui veulent se mettre à l’IA. Ses réponses sont plus directes que la plupart des pages de vente sur le sujet.
Ce que fait Le Consultant Digital
William Martin a commencé le marketing digital en 2009, chez un industriel où il pilotait le référencement, les campagnes payantes et les réseaux sociaux de deux sites e-commerce. En 2020, il passe indépendant, d’abord à Rennes, puis à Valence. Aujourd’hui, son activité tient en trois métiers : directeur marketing externalisé à la demi-journée ou à la journée par semaine, référent IA externalisé pour les PME qui n’ont personne en interne, et formateur sur l’IA générative, LinkedIn et le marketing digital.
Ses clients sont des dirigeants de TPE/PME, surtout en B2B, dans la Drôme, l’Ardèche, Lyon, et à distance partout en France. Il intervient aussi comme formateur pour plusieurs organismes certifiés Qualiopi, dont Mill-Forma, lui aussi installé sur le plateau Zecoworking. Sa boîte à outils du moment : Claude, ChatGPT, Gemini, Perplexity, Make, Canva et NotebookLM.
Fin 2024, l’IA n’est plus un outil de l’offre, c’est l’offre
On lui a demandé s’il y avait eu un déclic. Non. « Pas de déclic unique, plutôt une pente douce, et le basculement s’est fait fin 2024. » L’entrée de ChatGPT dans son travail s’est faite par les formations réseaux sociaux, parce que ses stagiaires avaient les mêmes problèmes que lui : la page blanche et le temps.
D’abord la rédaction des posts. Puis le calendrier éditorial, construit en quelques minutes là où il passait une demi-journée. Puis les visuels. Puis le SEO rédactionnel, son métier d’origine. « À chaque étape, je me rendais compte que je ne formais plus vraiment aux réseaux sociaux : je formais à travailler avec l’IA sur les réseaux sociaux. » Fin 2024, la demande a fini par le dire à sa place : on lui commandait de l’IA, plus du réseau social.
Ce qui marche en PME, et ce qui échoue à tous les coups
Le premier cas d’usage qui tient, selon lui, n’a rien de spectaculaire : la rédaction du quotidien. Mails de relance, devis, fiches produit, posts, comptes rendus. Risque faible, résultat visible dès la première semaine.
Ce qui échoue, ce n’est pas un cas d’usage, c’est un profil. « Les personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Je leur demande quelle tâche elles répètent chaque semaine, et elles me répondent qu’elles n’ont pas de tâches récurrentes. » Elles arrivent en formation attirées par la promesse qu’on voit partout, des agents qui font tout tout seuls. Sauf qu’on n’automatise pas une tâche qu’on n’a pas identifiée. « Un agent, c’est une tâche répétitive bien décrite, confiée à une machine. Sans tâche, il n’y a rien à confier. »
À l’opposé, il cite un entrepreneur qui voulait un tableau de bord centralisant toute son activité. Il savait exactement ce qu’il cherchait. Il avait seulement besoin d’être guidé sur le choix de l’outil (Claude, dans son cas) et sur la façon de s’en servir. Le reste, il l’a construit seul. « La différence entre les deux profils n’a rien à voir avec le niveau technique. L’un savait ce qu’il cherchait, l’autre non. »
Un agent SEO qui tourne chaque matin sur son propre site
Il applique sa règle à lui-même. Son site est suivi par un agent qui se connecte à son outil SEO, analyse les données, propose des optimisations et suit l’évolution de la visibilité. Il se lance seul tous les matins. William trouve ses recommandations en arrivant, et c’est aussi l’agent qui rédige les pages et propose la stratégie.
Le gain de temps ? Difficile à chiffrer, et il le dit franchement : « C’est surtout quelque chose que je ne faisais pas, faute de temps. Avant, le suivi SEO régulier passait après les clients et les formations. Maintenant, ça se fait, et je ne garde que la décision. » L’agent fonctionne pour la raison qu’il répète en formation : la tâche était claire, répétitive, et il savait ce qu’il en attendait.
Rendre le client autonome, et vivre quand même
Sa page À propos annonce la couleur : l’objectif n’est jamais de rester indispensable. On lui a demandé si ça ne tuait pas son chiffre d’affaires. « C’est la base d’une formation : si le client a encore besoin du formateur pour réaliser ses tâches, c’est que la formation n’a pas été efficace. »
La relation ne disparaît pas, elle change de nature. Avec le rythme auquel les outils bougent, il y a toujours des ajustements à faire. Moins de formation, plus d’accompagnement : des points réguliers pour suivre les nouveautés, adapter les outils, aller plus loin. « Le client revient parce qu’il a envie d’avancer, pas parce qu’il est bloqué. »
Un mois au Pont de Neuilly
Le passage de William Martin illustre un usage du plateau dont on parle moins que les bureaux fermés : la base arrière temporaire. Un indépendant de province qui a besoin de quelques semaines à Paris, d’une fibre fiable pour ses visios, d’une salle de réunion pour recevoir, et d’une adresse à deux minutes à pied de La Défense. L’engagement d’un mois, sans préavis ni pénalité, est fait exactement pour ça : on arrive, on travaille, on repart quand la mission commence.
Il quitte le plateau fin octobre 2026 pour sa prochaine mission. On lui souhaite de bonnes formations, et on garde un poste au chaud pour la prochaine escale parisienne.
Une PME qui n’a personne pour porter le sujet en interne peut le faire intervenir comme pilote IA à temps partagé pour PME, avec la même règle qu’en formation : rendre l’équipe autonome.
